#3 – Identité sociale, identité spatiale, identité urbaine

#3 – Identité sociale, identité spatiale, identité urbaine

Identité sociale, identité spatiale, identité urbaine

Identité sociale, identité spatiale, identité urbaine

Nos quartiers sont des lieux vecteurs d’interactions sociales. La qualité de ces relations est un facteur déterminant du niveau perçu de qualité de vie urbaine par les habitants.

 

Des liens se tissent entre les individus bien sûr, mais entre les individus et leur milieu aussi.

Les facteurs psychosociaux – « psycho » : individus ; « social » : son environnement, son contact avec les autres – se rejouent en milieu urbain. Ils sont omniprésents dans notre quotidien, faisant référence à l’influence du contexte humain et social sur la santé mentale des individus.

Les environnements urbains de proximité sont le terreau d’une pluralité de facteurs psychosociaux: sentiment de sécurité, sentiment d’appartenance, identité sociale, identité spatiale, relations de voisinages, relations avec les acteurs publics, information partagée, droit d’expression, climat social, valeurs communes, mixité sociale, etc. Ces facteurs, selon qu’ils soient satisfaits ou non, procurent des sensations de bien-être facteurs de protection – ou, à l’inverse, d’inconfort, ils sont alors appelés facteurs de risque.

La crise sanitaire que nous traversons exacerbe le sentiment d’insécurité pour une frange importante de la population. Plus les facteurs de protection se trouvent fragilisés (par l’éloignement affectif,  le travail à distance, la « distanciation physique », les gestes barrières, la diminution des contacts humains dans les commerces de proximité, la fermeture des lieux propices à la mixité sociale etc.) plus l’existence d’une identité sociale partagée s’avère salvatrice.

La théorie de l’identité sociale, développée par Tajfel en 1978, considère qu’une part de l’identité de l’individu provient de ses appartenances sociales. Du fait de cette appartenance à un ou plusieurs groupes sociaux, les individus adoptent des comportements attachés à ce groupe.

Plusieurs recherches de psychologie sociale (Levine et al 2005 ; Gleibs et al 2011 ; Frische et al 2014) ont montré que l’identité sociale peut favoriser le bien-être des individus, ceux-ci développant plus de comportements d’aide, ayant recours à moins de consultations médicales ou étant objectivement moins stressés lorsqu’ils partageaient une identité sociale commune.

Ces effets positifs de l’identité sociale sur la santé physique et mentale des individus peuvent s’expliquer par le fait que l’appartenance à un groupe satisfait certains besoins psychologiques fondamentaux tels que l’appartenance, l’estime de soi, le contrôle ou encore le sens. Ainsi, l’identité sociale peut être utilisée comme ressource par les individus lorsqu’ils sont confrontés à des évènements menaçants, tels que la crise sanitaire que nous traversons.

Certain∙es chercheur∙ses observent que ce concept d’identité sociale se rejoue dans l’espace : on parle alors d’identité spatiale, voire d’identité urbaine. L’identité urbaine constitue ainsi une part supplémentaire de l’identification des individus comme l’âge ou le genre et s’inclut dans la théorie de l’identité sociale. De même que l’identité sociale, l’identité urbaine peut avoir des bénéfices sur le bien-être des individus.

Lorsqu’un individu décline son identité, il fait référence à ses origines, à sa profession, à son lieu d’habitation. Les expériences empiriques du Cabinet Hurba valident par ailleurs le postulat que le sentiment partagé de constituer une communauté spatiale et de partager une identité sociale rassure et apporte soutien et fierté aux populations.

 

Le concept d’identité spatiale en tant que part constituante de l’identité de l’individu a par exemple été étudié par Twigger-Ross et Uzzell (1996). Ces derniers estiment que certains processus identitaires se rejouent dans l’identité spatiale : le besoin de distinction, d’estime de soi, d’auto-efficacité et de continuité.

Les environnements connus ou préférés peuvent agir positivement sur l’estime de soi : Korpela (1989) a par exemple réalisé une étude dans laquelle des adolescent∙e∙s se rendent dans leur lieu favori pour améliorer leur estime de soi.

De même, les environnements qui permettent aux individus de réaliser leurs tâches quotidiennes (manageable environments) peuvent leur fournir un sentiment d’auto-efficacité.

Le besoin de distinction se retrouve aussi dans l’espace : les habitant∙es peuvent se distinguer par rapport à d’autres quartiers, par rapport à d’autres habitant∙es d’un même quartier, par rapport à des personnes s’identifiant à d’autres types de peuplement (city/town/country person) (settlement identity), au travers de qualités symboliques de l’espace ou encore au travers des retours des personnes leur rendant visite.

Le besoin de continuité ou, au contraire, de discontinuité peut également s’opérer dans l’espace : en choisissant de résider dans un lieu similaire à ses habitudes ou, au contraire, en modifiant son espace. En effet, dans la mesure où il n’est pas subi ou résultant d’une dépréciation sociale, le choix de son lieu de résidence résulte majoritairement de critères croisés ; personnels et familiaux ; financiers bien sûr mais aussi culturels, historiques et pratiques.

Ces processus d’identité urbaine ont également été étudiés dans les contextes de transformation urbaine par Marchand (2005) et Speller, Lyons et Twigger-Ross (2002) : on y retrouve les notions de temporalité, d’adaptation, de ruptures et de continuité à l’œuvre. Une part de l’identité des individus découle ainsi des lieux qu’ils habitent et fréquentent, des groupes sociaux qu’ils peuvent y rencontrer, des liens qu’ils peuvent y tisser. Tout ceci peut être bousculé lors de projets urbains, affectant ainsi la santé mentale des individus.

Pour les psychologues urbain∙es, le sentiment d’appartenance à une communauté spatiale est une composante majeure du bien-être urbain. Ce concept d’identité urbaine apparaît dès lors essentiel à prendre en compte dans les processus de transformation urbaine. Le rôle des psychologues urbain∙es sera alors de la questionner bien sûr mais aussi d’accompagner les transitions en s’appuyant sur les modes de transformation des comportements, les résistances aux changements, les impacts psychologique de la reconfiguration urbaine ou encore la courbe de deuil.

Ainsi, la fierté d’appartenance, l’attachement à son cadre de vie sont des constantes des études « terrain » du cabinet Hurba. Dans son remarquable ouvrage La condition urbaine, Olivier Mangin parle d’« expérience urbaine » partagée par les individus vivant dans les mêmes espaces et se forgeant une culture urbaine commune. Cette dernière constitue une part significative de l’identification des individus et s’inclut donc dans la théorie de l’identité sociale.

 

Dans notre prochaine chronique, nous reviendrons plus spécifiquement sur la notion de lien social dans un même environnement urbain. Nous verrons que ce dernier présente des vertus thérapeutiques, notamment sur la longévité des personnes.

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