Faire de la ville un espace sensible : Barbara Attia revient sur dix ans de psychologie urbaine

Faire de la ville un espace sensible : Barbara Attia revient sur dix ans de psychologie urbaine

La revue Lumières de la Ville, dédiée à l’urbanisme du care, consacre un long entretien à Barbara Attia, fondatrice et présidente du Cabinet Hurba. L’occasion de revenir sur une décennie de pratique, sur la notion de ville sensible, et sur un indicateur particulièrement parlant : 98 % des projets accompagnés par Hurba sont sortis sans recours.

Une discipline construite sur le terrain

Interrogée par Lola Roy, Barbara Attia rappelle que la psychologie urbaine s’est forgée au contact des réalités locales, à l’interface entre la science et la pratique. Son rôle ? Créer les conditions d’une parole libre, recueillie sous couvert d’anonymat et de confidentialité, puis transformer ce matériau sensible en recommandations opérationnelles pour les urbanistes, architectes et paysagistes. Un travail d’écoute, d’empathie et d’analyse qui permet de faire émerger le cœur du sujet, au plus près des situations humaines.

Quand les territoires eux-mêmes souffrent

L’entretien pose un diagnostic franc : nos villes, nos villages, nos bourgs souffrent d’uniformisation. À force de reproduire des recettes toutes faites d’un endroit à l’autre, sans tenir compte de l’histoire, des usages et des sociologies locales, on fabrique des lieux désincarnés où les habitants perdent leurs repères. Ajoutez à cela les crises économiques, sociales et environnementales, et vous obtenez des territoires submergés, dont la souffrance devient le miroir d’un aménagement mené trop vite, ou sans les premiers concernés.

Barbara Attia insiste : les réponses aux obligations légales, qu’il s’agisse de quotas de logements sociaux ou de normes environnementales, doivent être contextualisées, progressives, respectueuses des usages et de la vie locale.

Une définition de la ville sensible

Pour Barbara Attia, une ville sensible est un cadre urbain à la fois respectueux et aimable. Respectueux de l’histoire, des usages, des mentalités, de l’identité locale. Aimable par les espaces publics qu’elle propose, souvent pensés à l’échelle de l’enfant, de la personne âgée, du piéton. Une ville qui donne du sens, qui valorise les ancrages symboliques, qui maintient des services de proximité et qui préserve les lieux qui font lien.

Elle est attentive aux fragilités : vieillissement, troubles cognitifs, place des enfants. Et selon Barbara Attia, cette attention génère en retour de la fierté d’appartenance et de la confiance envers les élus. Presque une ville thérapeutique.

L’Observatoire Cité Heureuse et la mesure du ressenti

L’entretien revient également sur un outil développé par Hurba : l’Observatoire Cité Heureuse. Conçu avec un docteur en statistiques, ce questionnaire anonyme d’une soixantaine de questions sonde le ressenti des habitants sur des critères psychosociaux souvent absents des indicateurs classiques. L’intérêt ? Croiser ces ressentis avec des indicateurs de santé, et le faire quartier par quartier, car les réalités changent à quelques rues près. Une base précieuse pour cibler les interventions publiques.

Roubaix, l’Alma : une expérience marquante

Barbara Attia évoque aussi le quartier de l’Alma à Roubaix, territoire emblématique marqué par une forte opposition au projet de rénovation urbaine. Huit années de travail au contact des riverains, des commerçants, des associations et des écoles. Elle en retient une réussite sur le fond, les architectes ayant intégré les apports des habitants, mais aussi une déception : le moment de reconnaissance, celui où les décideurs viennent écouter en direct et acter le travail mené, n’a pas eu lieu.

98 % de projets sans recours : un indicateur qui parle

À ceux qui voient encore l’expérience habitante comme une contrainte dans le temps d’aménagement, Barbara Attia oppose un chiffre : en dix ans, 98 % des projets accompagnés par Hurba sont sortis sans recours. Lorsque les habitants coécrivent un projet, ils se projettent mieux et se sentent considérés. À l’inverse, le silence laisse l’imaginaire s’emballer et fabrique parfois des peurs qui deviennent des vérités.

La concertation n’est donc pas une contrainte mais un investissement : du temps gagné en aval, et une manière de rendre le changement acceptable, humainement et durablement.

 


Lire l’entretien intégral sur Lumières de la Ville : Entretien avec Barbara Attia : « Faire de la ville un espace sensible : la psychologie urbaine en pratique »

Propos recueillis par Lola Roy pour Lumières de la Ville, la revue de l’urbanisme du care.

 

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